samedi 22 février 2020

22/02 - LE MARIAGE ARRANGÉ EN INDE 
VU AVEC UN AUTRE REGARD. 



J'étais contre les mariages arrangés avant d'aller vivre en Inde. J'ai constaté que j'avais tort, mais j'avais été influencée par notre culture occidentale dans laquelle on a fait croire aux enfants qu'ils en savaient plus que leurs parents. 
Je me suis souvenue que j'avais trouvé le compagnon idéal pour mes 3 enfants. Ils se sont moqué de moi. Je les connaissais mieux qu'ils se connaissent et je voyais.... je connaissais la vie et j'avais l'expérience d'un mariage raté avec pourtant tant d'amour au départ et de points communs.
En France avant, ça se passait comme ça, on parlait de marieuses. Des femmes qui savaient observer.

Ici une personne qui pourrait être moi en parle.
Bien que le mariage d’amour gagne de plus en plus de terrain en Inde, le mariage arrangé reste une pratique très répandue, et autour de laquelle existent de nombreuses idées reçues. Il y a deux ans, influencée par mes repères occidentaux, je me rappelle avoir ouvert de grands yeux lorsqu’un de mes collègues m’avait expliquée que son mariage avait été arrangé par ses parents. Je crois bien avoir pensé à ce moment-là « voilà bien une pratique d’un autre temps ». Et puis, au fil de rencontres et discussions, j’ai évolué sur cette question bien plus complexe qu’elle ne me paraissait de prime abord. J’aimerais donc partager avec vous quelques unes de mes réflexions.

En France on nous ment concernant ce sujet et sur tant d'autres. Des personnes heureuses ne surconsomment pas, c'est prouvé, alors autant faire que l'on se plante en choisissant notre conjoint.

Qui dit mariage arrangé, ne dit pas mariage forcé
C’est une des grandes confusions qui existent sur le mariage arrangé. Avant de vivre en Inde, j’avoue que je ne faisais pas la différence. Si ce n’était pas un mariage d’amour, c’était forcément un mariage forcé. Point barre. Hop, tout le monde dans le même panier.
Or ce n’est pas aussi simple. Si le mariage forcé est effectivement un mariage arrangé ; le mariage arrangé n’est en revanche pas nécessairement un mariage forcé. De plus en plus, dans les milieux urbains principalement, les futurs époux ont heureusement leurs mots à dire. C’est bien à ce type de mariage arrangé consentant que je fais référence ici quand je parle de mariage arrangé, et en aucun cas au mariage forcé que je considère comme une grave atteinte à la dignité humaine.

Comment ça se passe un mariage arrangé ?
Il n’y a pas de réponse unique à cette question. Je ne me risquerais pas à généraliser à l’échelle d’un pays d’1,3 milliard d’habitants! En revanche, ce que je relate dans les lignes qui suivent est issu de situations vécues par des personnes de mon entourage, venant de différents états et classes sociales. Ces exemples n’ont donc pas vocations à être érigés en règle absolue, mais plutôt d’aider à se faire une idée un peu plus concrète sur la question.
Avant le mariage, il y a bien sûr la rencontre. Elle aussi est arrangée. Les parents vont jouer un rôle crucial dans cette étape. Le cliché que l’on a en France de la mère juive cherchant un bon partie pour sa fille ou son fils et jouant les entremetteuses est assez semblable au cliché de la mère indienne, qui n’hésitera pas à éplucher petites annonces et sites internet spécialisés pour trouver le gendre ou la belle-fille idéale. Il est également fréquent qu’une personne connaissant deux familles joue les entremetteuses afin d’organiser une rencontre. « Ah tiens, le fils de M. Sharma et la fille de Mme Patel iraient bien ensemble. » Les parents des deux familles sont approchées, photos des jeunes et biodata à l’appui (sur laquelle peut figurer corpulence, taille, couleur de la peau, salaire, métier, etc.)

Si cette première étape est concluante, une date est fixée pour une rencontre prochaine. A ce stade, certains des principaux intéressés ne savent même pas qu’une rencontre a été organisée en leur nom. Un de mes amis particulièrement récalcitrant au mariage arrangé s’est ainsi fait prendre en embuscade par ses parents. Un jour qu’il leur rendait visite, ses parents lui ont demandé de descendre dans le salon, et puis « oh bah surprise, regarde donc qui est là ? » Une jeune fille et ses parents. Très vite ça va parler éducation, salaire (surtout salaire), santé, etc. Tout est passé au crible.
Les deux jeunes, regards fuyants, osent à peine se parler (simple timidité ou désillusion du système). Ils pourront s’isoler dans une autre pièce pour faire plus ample connaissance et voir si le courant passe. Suite à cela, chacun fera part de ses impressions aux parents : « oui je veux le revoir, non je ne veux pas la revoir ». Et c’est là j’insiste une différence fondamentale avec le mariage forcé : les deux ont le choix de dire non (mais pas trop souvent quand même, j’y reviendrais un peu plus loin). S’ils ont accepté de se revoir, quelques rendez-vous sur le principe des « dates » suivront (cette fois sans la supervision des parents, merci bien), jusqu’à ce qu’une date de mariage soit avancée. Cela peut donc aller vite. Très vite même, rarement plus de quelques mois. Prendre son temps, vivre avec la personne en concubinage avant de se marier ne sont absolument pas dans les mœurs indiennes.
Si l’une ou les deux parties a refusé de donner suite, alors rebelote, une autre rencontre sera organisée avec une autre personne, et ainsi de suite jusqu’à trouver chaussure à son pied. Cela peut aller de 1 fois à… autant qu’on veut. Un très bon ami a ainsi rencontré 27 femmes ! Il a refusé de donner suite à chaque fois, considérant que ce système n’était pas fait pour lui, mais n’ayant pas le cœur à s’opposer frontalement à ses parents. Cependant il me confiait que la pression devenait de plus en plus palpable à l’approche de ses 30 ans, ses parents s’inquiétant qu’il ne finisse seul. Normalement me disait-il, on ne va pas au-delà de 6 ou 7 refus !

Le mariage arrangé : l’ancêtre des sites de rencontre ?
Ce récit prête à sourire pour nous autres Occidentaux pour qui la norme est celle du mariage d’amour. Mais à y regarder de plus près, je n’ai pu m’empêcher de me dire que les familles et les entremetteurs jouent un rôle similaire à celui que joue aujourd’hui les sites de rencontres. Tout comme ces sites ont des filtres pour ne proposer que des personnes correspondant aux critères établis, les parents indiens vont eux aussi établir des critères, en fonction desquels ils évalueront la compatibilité de leur fils ou fille avec telle ou telle personne.
Avec une nuance de taille cependant. Dans le cas du site de rencontre, la démarche est bien sûr personnelle, alors que dans le cas du mariage arrangé, il y a une grande ingérence de la famille. Ce qui ne semble pas déranger tout le monde. Une fille avec qui je travaillais était par exemple bien contente que ses parents s’occupent de lui chercher un mari, et leur faisait entièrement confiance.
On peut voir cela de manière rétrograde : « merci bien, je suis assez grand pour choisir mes critères seul.e » et c’est vrai que dans la société occidentale, ça passerait mal. Il faut donc bien replacer dans le contexte indien, dans lequel le but du mariage n’est pas l’amour comme en Occident, mais fonder une famille.

Le but du mariage arrangé 
En Inde, le but du couple est d’avoir des enfants. Parlez de coup de foudre et on vous rira au nez, vous lançant à la figure le taux astronomique de divorces en Occident. Pour quelqu’un qui chercherait effectivement en sa moitié avant tout un futur père ou une future mère, et non l’amour de sa vie, cette méthode peut se comprendre. 
De plus, ce sont généralement trois générations qui habitent sous le même foyer. Le mariage n’est donc pas seulement l’union de deux personnes, mais par extension de deux familles. Même si, dans les milieux urbains, de plus en plus de couples décident d’habiter sans leurs parents, la règle générale reste celle de la mariée s’installant dans la famille de son mari (l’inverse restant sans surprise une exception). On cherche donc « un bon parti ».
Les mariages arrangés sont-ils dès lors moins heureux que les mariages d’amour ? Je ne le pense pas. J’ai vu des mariages arrangés très épanouis comme des mariages d’amour très malheureux. Et vice versa. Il me semble que c’est une question de priorité de ce que chacun cherche chez l’autre. Les partisans du mariage d’amour font parler leurs cœurs, ceux du mariage arrangé leurs raisons. Ce sont deux approches au couple différentes, issues de notre éducation, nos croyances, nos valeurs, nos objectifs de vie, etc.
Si le mariage arrangé n’est pas nécessairement plus heureux, il est en revanche en général plus durable. La perspective avec laquelle se marient les couples issus de mariages arrangés est que « c’est pour la vie ». La passion ou l’aventure n’étant pas leur priorité, il existe moins de risques de se lasser, et de gros efforts sont déployés pour faire durer un couple sur le point de péricliter.

Dans ce cas les époux ne se connaissent pas, mais apprennent à se connaitre, font des efforts et finissent par s'apprécier. Chez nous, c'est le contraire. Chacun joue de sa séduction et se montre sous son meilleur jour. Une fois ensemble le rideau tombe, la déception s'installe, on fait de moins en moins de compromis.... et c'est la fin, les enfants en sont les victimes.
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Un très beau film indien concernant ce sujet.
La famille indienne :

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