lundi 7 octobre 2019

++08/10 - LA "JUSTICE" EN FRANCE. 
« DES ANARCHISTES AUX GILETS JAUNES: 
LE RETOUR DES LOIS SCÉLÉRATES ». 
Les violences policières favorisées. 




Comment l'état fait peur au peuple pour le faire taire.
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L’avocat Raphaël Kempf, rompu à la défense des manifestants et activistes, analyse comment, sous couvert de lutte contre un adversaire désigné, le pouvoir brade les droits de tous.

Avocat au barreau de Paris, Raphaël Kempf signe un essai historico-juridique sur les « lois scélérates » adoptées en 1893 et 1894 pour endiguer une vague d’attentats anarchistes. Au-delà d’une simple rétrospective, il entend montrer comment un État désigne son ennemi puis, au nom de la nécessaire éradication de celui-ci, sacrifie la liberté de tous. Notre époque a-t-elle tourné le dos aux sursauts sécuritaires de la fin du XIXe siècle ? Elle en serait plutôt le rebond. « Terroriste », « radicalisé », « casseur » : l’adversaire a changé de visage, mais la méthode demeure. C’est le règne du soupçon, de l’arrestation préventive et du délit d’opinion.
Loin d’être un ouvrage défaitiste, so livre "Ennemis d’État" montre comment, à la faveur de l’Affaire Dreyfus*, La Revue blanche (organe d’avant-garde littéraire) a constitué un véritable front antiautoritaire commun. Une leçon indispensable et actuelle pour les défenseurs des libertés publiques.

Vous semblez entretenir avec La Revue blanche une relation particulière, quelle est-elle ?
Raphaël Kempf : Ses articles sont sur ma table de chevet depuis quelques années. Jeune avocat, j’ai dû défendre un client poursuivi pour délit de provocation à la commission d’infraction. Prévu par la loi de 1881 sur la liberté de la presse, ce délit était en lien étroit avec l’infraction d’apologie, issue de la première loi scélérate. Pour préparer ma plaidoirie, j’ai fait des recherches et je suis tombé sur les articles passionnants de Léon Blum, alors jeune juriste, de l’anarchiste Émile Pouget et du journaliste Francis de Pressensé. J’y ai trouvé des arguments, des citations et une défense. Surtout chez Léon Blum, remarquable tant sur le plan de la méthode critique que du style pamphlétaire. J’ai réutilisé ces textes en 2017. Je défendais le journaliste Gaspard Glanz**, poursuivi pour injure publique envers des personnes dépositaires de l’autorité publique. J’ai alors ressenti le besoin de faire connaître ces textes au grand public et de pousser mes confrères et les magistrats à se replonger dedans. Mon but est de donner un argumentaire politique, dans et au-delà du prétoire, pour identifier et dénoncer nos propres lois scélérates.

Comment reconnaître le caractère scélérat de ces lois ?
Certains indices sont flagrants au moment de l’adoption de la loi, ou apparaissent quelques années après. Par exemple, un gouvernement et des législateurs font voter une loi liberticide dans l’urgence face à un péril grave et imminent (ils provoquent les attentats dans ce but). Ils vont viser une catégorie de personnes, jadis les anarchistes, aujourd’hui les terroristes. Qui peut s’opposer à cette lutte ? La moindre critique anti-autoritaire devient illégitime, voire complice. Puis, rapidement, ces lois vont s’appliquer bien au-delà des personnes visées initialement : c’est l’indice le plus important.
Les lois scélérates de 1893-1894 ont d’abord ciblé les « menées anarchistes », puis, dans l’entre-deux-guerres, les communistes. Ça en devient presque ridicule d’un point de vue historico-politique, quand nous savons que communistes et anarchistes se sont toujours opposés, voire combattus. Ensuite, ces lois ont frappé les indépendantistes algériens et, enfin, les délinquants de droit commun.
La loi Cazeneuve du 13 novembre 2014 nous offre un parfait exemple. Elle a donné au ministre de l’Intérieur le pouvoir d’interdire à un citoyen de quitter le territoire français pour rejoindre Daech. Or les autorités l’ont appliqué à un jeune homme dont l’objectif n’était pas de rejoindre l’État islamique… mais justement de le combattre aux côtés des Kurdes du Rojava. Le tribunal administratif de Paris a heureusement donné tort au ministère, mais cette tentative illustre bien ce glissement répressif.
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Aude Lancelin reçoit Raphaël Kempf, avocat au barreau de Paris, connu pour sa défense des manifestants et des gilets jaunes victimes de la répression menée par l'État.
L'hypocrisie de l'état. Le syndicat de police Alliance et sa complicité avec le pouvoir...

*François Claudius Koënigstein dit Ravachol, le « Rocambole de l'anarchisme », est un ouvrier et militant anarchiste français, né le 14 octobre 1859 à Saint-Chamond. S'étant rendu coupable de plusieurs délits, assassinats et attentats, il est guillotiné le 11 juillet 1892 à Montbrison.

*George Orwell (de son vrai nom Eric Blair) est né aux Indes en 1903 et a fait ses études à Eton. Sa carrière est très variée et beaucoup de ses écrits sont un rappel de ses expériences. De 1922 à 1928 il sert dans la police indienne impériale. Pendant les deux années suivantes il vit à Paris puis part pour l'Angleterre comme professeur. En 1937 il va en Espagne combattre dans les rangs républicains et y est blessé. Pendant la guerre mondiale il travaille pour la B.B.C., puis est attaché, comme correspondant spécial en France et en Allemagne, à l'Observer. Il meurt à Londres en janvier 1950.

Son livre "1984 "– 16 novembre 1972
«De tous les carrefours importants, le visage à la moustache noire vous fixait du regard. BIG BROTHER VOUS REGARDE, répétait la légende, tandis que le regard des yeux noirs pénétrait les yeux de Winston... Au loin, un hélicoptère glissa entre les toits, plana un moment, telle une mouche bleue, puis repartit comme une flèche, dans un vol courbe. C'était une patrouille qui venait mettre le nez aux fenêtres des gens. Mais les patrouilles n'avaient pas d'importance. Seule comptait la Police de la Pensée.»
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**Avril 2019. Levée du contrôle judiciaire visant le journaliste Gaspard Glanz défendu par
Le journaliste indépendant avait été arrêté samedi 20 avril à l’occasion de l’acte XXIII des « gilets jaunes ». Jusqu’à la date de son procès, prévu en octobre, il avait interdiction de paraître à Paris tous les samedis et le 1er-Mai.
Il a à nouveau été interpellé lors de la manifestation des policiers organisé par le syndicat Alliance sous un faux prétexte.

Irrégularité de l’ordonnance
«Nous venons d’apprendre le motif de ce contrôle judiciaire, s’est exclamé l’avocat du journaliste indépendant, Me Raphaël Kempf. Mais alors, si c’est pour éviter la réitération d’un doigt d’honneur, pourquoi l’interdire seulement à Paris et seulement le samedi ? Il fallait aller au bout de la logique!», a-t-il ironisé.
«Gaspard Ganz ne participe pas à la manifestation. Il couvre la manifestation. Il est connu du public en sa qualité de journaliste et reconnu ainsi par ses pairs», a notamment plaidé Me Pascual, en évoquant le soutien que lui ont apporté les sociétés de journalistes.
« On veut utiliser la procédure pénale à des fins de police administrative », a observé en écho Me Kempf. «Le fait qu’il soit journaliste ou pas ne se pose pas. Dire qu’il serait poursuivi parce que la machine d’État serait contre lui est grotesque», leur avait répliqué le procureur. Le constat de l’irrégularité de l’ordonnance, qui justifie la levée du contrôle judiciaire, a dispensé le tribunal de prendre part à ce débat.
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Le livre : Ennemis d'État: Les lois scélérates, des « anarchistes » aux « terroristes » – 11 septembre 2019
Raphaël Kempf, avocat connu pour sa défense des manifestants et gilets jaunes victimes de violences policières ou de la répression judiciaire, propose dans ce volume un court pamphlet historico-juridique accompagné de la réédition d’articles publiés en 1898, notamment par Léon Blum et l’anarchiste Émile Pouget, contre « les lois scélérates » votées à la fin du XIXe siècle. La relecture de ces textes est aujourd’hui fondamentale : l’arbitraire des gouvernements de la IIIe République contre les anarchistes n’a rien à envier au président Hollande décrétant l’état d’urgence contre les musulmans ou les militants écologistes, non plus qu’à Macron et Castaner enfermant de façon « préventive » des gilets jaunes avant qu’ils ne rejoignent les manifestations. 
La critique formulée par Léon Blum contre ces lois reste actuelle et ses arguments peuvent – doivent – encore être utilisés aujourd’hui : des lois d’exception se normalisent avec le temps; des lois ne visant que quelques groupes représentant le mal absolu (de l’anarchiste au terroriste) finissent par toucher tout le monde; le gouvernement joue avec la peur pour faire passer ses textes; et ces lois donnent un pouvoir sans partage à la police et à l’État. Cette critique permet de déboucher sur une perspective politique simple : la demande d’abrogation des lois scélérates et l’amnistie des condamnés qui en sont victimes. Cette exigence était portée à la fin du XIXe siècle par Émile Pouget, elle doit l’être aujourd’hui pour les opposants politiques et autres gilets jaunes lourdement condamnés. Raphaël Kempf montre ainsi que les lois scélérates n’ont – contrairement à une idée reçue – pas toutes été abrogées et isole des critères qui permettent d’identifier une loi scélérate en montrant que, depuis au moins 2015 et l’état d’urgence, de telles lois, il y en a trop. 

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