dimanche 10 juin 2018

11/06 - EN AUTRICHE, LA LUTTE CONTRE 
«L'ISLAM POLITIQUE» EST LANCÉE. 
Le gouvernement fera preuve d’une tolérance zéro

Le chancelier autrichien, Sebastian Kurz,
qui dirige une coalition d'extrême droite.

Les mosquées turques étaient depuis deux mois dans le collimateur des autorités autrichiennes. Le chancelier, Sebastian Kurz, est passé à l’action vendredi en lançant une offensive massive : jusqu’à 60 imams pourraient être expulsés. Ankara a dénoncé une mesure «raciste et islamophobe».
Les familles des 60 imams sont également concernées et 150 personnes au total pourraient perdre leur droit de résidence en Autriche.

Dans certains cas, le processus d’expulsion d’imams financés par la Turquie a d’ores et déjà commencé, a déclaré Herbert Kickl, membre du parti d’extrême droite FPÖ qui fait partie de la coalition formée en décembre avec les conservateurs.

La décision de fermeture des mosquées est consécutive à la divulgation de photos de la reconstitution de la bataille de Gallipoli, jouée par des enfants dans d’une mosquée. Publiées par l’hebdomadaire de centre gauche Falter, les clichés montraient les jeunes garçons en tenue de camouflage alignés en rang, faisant le salut militaire et agitant des drapeaux turcs, devant un public d’enfants. Sur une autre photo, certains sont allongés pour figurer les victimes de la bataille, leur corps enroulé dans un drapeau turc.


En Autriche, la lutte contre «l'islam politique» est lancée
Le gouvernement conservateur autrichien a lancé une première salve de mesures contre «l’islam politique» dans le pays. Vainqueur des élections législatives anticipées d’octobre 2017, Sebastian Kurz, le plus jeune dirigeant au monde (32 ans), vient d’annoncer l’expulsion d’une soixantaine d’imams liés à la Turquie. Sept mosquées dans la localité de Vienne devraient également être fermées. «Des sociétés parallèles, l’islam politique et la radicalisation n’ont pas leur place dans notre pays», a rappelé le membre du parti populaire autrichien ÖVP.
Cette décision intervient dans un contexte particulièrement troublé en Autriche. Le 18 avril, dans le quartier viennois de Favoriten, le centre islamique de la mosquée de l’Union, d’obédience turque et gérée par les Loups Gris, une organisation d’extrême droite ultranationaliste turque, propose une reconstitution de la bataille de Gallipoli. La commémoration de cet affrontement de la Première guerre mondiale entre l’empire ottoman et les troupes britanniques n’aurait suscité aucune vague si elle n’avait pas été jouée par des enfants. Des photos de très jeunes garçons en tenue de camouflage, alignés en rang et faisant le salut militaire, ont été publiées par le journal de centre gauche autrichien Falter. On y voit également des enfants allongés, drapés dans des drapeaux turcs et censés figurer les victimes de la bataille.

Une mise en scène «regrettable»
Jugée hautement regrettable par la direction turque des affaires religieuses, la mise en scène avait suscité l’indignation de l’opinion publique et provoqué un scandale dans le pays. Pour Jean-Yves Camus, politologue français et spécialiste de l’extrême droite en Europe, «ces images sont extrêmement représentatives de ce qu’on peut voir sur la télévision turque nationale, où les mises en scène guerrières sont fréquentes. A l’origine, les Loups Gris ne sont pas une organisation islamiste mais plutôt la branche activiste du parti MHP qui fait partie maintenant de la coalition de l’AKP de Recep Tayyip Erdogan.»
«Le cercle des personnes qui pourraient être affectées par ces mesures comprend environ 60 imams», a précisé le ministre de l’intérieur Herbert Kickl, membre du parti d’extrême droite FPÖ. Leurs familles sont également concernées et 150 personnes au total pourraient perdre leur droit de résidence en Autriche. «Dans certains cas, le processus d’expulsion d’imams financés par la Turquie a d’ores et déjà commencé» a également ajouté le ministre de l’intérieur. Selon Jean-Yves Camus, cette affaire montre une nouvelle forme de symbiose entre une «tradition ultranationaliste et une tradition religieuse islamiste.»
Les relations entre Ankara et Vienne sont glaciales depuis l’interdiction par le gouvernement autrichien de la tenue de meetings turcs sur son territoire en vue des élections présidentielles turques du 24 juin.
Suite à l’annonce de la fermeture des mosquées et de l’exclusion des imams, Ibrahim Kalin, le porte-parole du président Erdogan a déclaré que «la position idéologique du gouvernement autrichien allait à l’encontre des principes du droit universel, des politiques de cohésion sociale, du droit des minorités et de l’éthique de coexistence».
Charles Delouche
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L’Autriche est accusé d’islamophobie

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